Paroisse Notre-Dame de l'Assomption

Woluwe-Saint-Lambert

Paroisse Notre-Dame de l'Assomption

Woluwe-Saint-Lambert

34ème dimanche ordinaire - année A ; Mt 25, 31-46

La vie de Dieu

La parabole du jugement est proposée en ce dernier dimanche de l’année liturgique. C’est aussi l’ultime enseignement de Jésus en Saint-Matthieu avant les événements de la passion. La parabole est précédée de deux autres avec lesquelles elle forme un tout, la parabole des vierges sages et des vierges folles, et la parabole des talents. Ces deux textes ont été abordés les dimanches précédents.

Jésus parle non pas de sa venue, mais bien de celle du Fils de l’homme, qui au cours de cette parabole prend la figure d’un roi qui a autorité sur toutes les nations rassemblées devant lui, lequel est lui-même comparé à un berger. En parallèle, la séparation des hommes est identifiée à celle, plus bucolique, entre brebis et chèvres d’un même troupeau. Littéralement, il ne s’agit pas de chèvres mais de boucs. Les brebis sont tirées à part et séparées des boucs. Comme bien souvent dans l’évangile, une situation toute innocente tirée de la vie courante donne lieu à une interprétation au sujet du Royaume.

Les trois paraboles mettent en scène une situation de non-retour, et donc définitive. C’est le propre du jugement. Et cette troisième parabole nous éclaire sur le sens des deux précédentes, sur l’huile des vierges sages, sur le gain réalisé à propos des talents. L’entrée des vierges sages dans la chambre nuptiale, l’autorité donnée aux serviteurs fidèles se traduisent ici par cette parole du roi : 'Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde.’ C’est bien Jésus qui parle. Comme souvent dans l’évangile de Matthieu, il est question de cette relation privilégiée des disciples avec le Père céleste. Les bénis du Père sont ceux-là en lesquels le Père se reconnaît. Ils sont ceux qui ont vécu de la vie divine semée en eux et qu’ils ont laissé se déployer. Ils sont les tout-petits animés par l’amour du Père et l’amour de leurs frères. Ils sont ceux que les Béatitudes ont illuminés de leur vérité.

En ayant nourri l’affamé, en ayant vêtu le dénudé, en ayant visité le malade ou le prisonnier, le juste s’est approché de Jésus lui-même. Il ne s’agit pas de calcul, ni de raisonnement, mais il s’agit bien de l’acte parfait qui assimile au Père (« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », Mt 5, 48), il s’agit bien de la mise en acte de la volonté du Père (« Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux », Mt 7, 21). Il s’agit de la participation étonnante et mystérieuse à l’acte divin lui-même. Car l’acte divin, celui par lequel Dieu est Dieu et reconnu comme tel, est celui par lequel le Père ressuscite Jésus des morts. Cet acte unique, qui rejoint l’acte de l’éternité de Dieu par lequel le Père aime le Fils, est source de tous les actes humains, vraiment humains, de service, d’attention au plus pauvre. C’est le Christ pauvre, affamé, nu, prisonnier, malade, mourant, qui est visité, celui-là même que le Père dans sa bonté ineffable rejoint, saisit pour lui donner sa gloire en partage. Ce Christ, notre frère, a lui- même montré l’exemple puisqu’il a lui-même visité le pauvre, l’a soutenu, l’a délivré et l’a relevé.

Cet acte divin, nous le célébrons et nous le faisons nôtre à chaque eucharistie. Il ne devient vrai, réel, éternel que lorsque nous l’« agissons » à notre tour, que nous l' « activons ». Alors nous devenons les bénis du Père et les heureux dignitaires de ce Royaume éternel où le Père et le Fils se donnent l’un à l’autre dans un amour infini.

 

P. Laurent B.

33ème dimanche ordinaire - année A ; Mt 25, 14-30

« Merci » et « me voici »

 

Entre la parabole des dix vierges, lue la semaine dernière, et celle du jugement (Mt 25, 31-46), qui sera abordée la semaine prochaine en la fête du Christ Roi, s’intercale la parabole des talents. 3 paraboles qui forment par conséquent un tout, et qui s'appellent l'une l'autre. En conclusion de la parabole des dix vierges, Jésus nous interpellait : « Veillez ». Aujourd'hui, avec la parabole des talents, nous comprenons que la veille ne peut pas être passive!

On interprète trop facilement la parabole des talents d'une manière naturelle: nous avons des dons, des qualités innées, il faut les faire fructifier. Une telle interprétation repose sur une question de vocabulaire où on identifie les talents à des qualités. Or, au départ, ce n'est pas cela du tout, puisqu'un talent représente une somme d'argent importante, même très importante (un talent équivaut à ce que gagne un paysan durant sa vie). Comme souvent dans l'évangile, Jésus a recours à l'argent pour désigner les réalités spirituelles du Royaume.

Dans la parabole précédente, l'époux tardait, ce qui avait pour conséquence l'appel à veiller symbolisé dans la parabole par la nécessité de se procurer une réserve d'huile. Ici le maître s'en va pour un long voyage. Il distribue alors ses biens à ses serviteurs. A son retour « longtemps après », le maître demande les comptes. Deux serviteurs ont fait fructifier leur avoir respectif, un troisième n'a rien fait. Cela lui est reproché et il est condamné.

Quels sont donc ces biens que le maître confie à ses serviteurs, biens que deux des serviteurs se mettent à faire fructifier, sans que le maître n'ait rien ordonné, comme si cela allait de soi, comme si donner du fruit était inhérent au bien lui-même ? Ces biens, remarquons-le, il est aussi possible de les enterrer, de les étouffer, comme nous le montre l'attitude du 3ème serviteur. Ce n'est pas l'idée saugrenue qu'il se fait de son maître qui devait lui interdire de faire fructifier son talent. Même dans son cas extrême, il était possible de faire produire un intérêt. En fait, ce qui lui est reproché, c’est son incohérence, incohérence entre l’image qu’il se fait de son maître et l’attitude qui fut la sienne.

Dans un livre récent, l’auteur invite à considérer notre existence à partir de deux simples expressions : « Merci » et « Me voici »1 qui l’enveloppent. « Merci », c’est la reconnaissance envers Dieu qui est source et donateur. « Merci », c’est accueillir l’être, la vie comme don. « Me voici », c’est reconnaître que la vie n’a de sens que donnée à son tour, offerte. « Le don de la vie est reçu dans la mesure où il est dépensé, prodigué, circulé. Nos vies sont faites pour être adressées, offertes à d’autres qu’à nous-mêmes. Cela s’appelle aimer. » (p. 16)

Ces deux bornes de l’existence devraient animer nos vies, les conditionner. Ce sont elles qui donnent sens. Elles permettent de nous situer en vérité vis-à-vis de Dieu et de reconnaître le don immense qui nous est fait. Dieu en son être est don, don de lui-même. Le Père se donne au Fils et le Fils se donne au Père. Et Jésus, en remettant tout au Père, se donne à nous. Cette connaissance que nous avons de Dieu nous provoque à y percevoir la vérité de nos existences et à faire de celles-ci un don généreux à l’image de Dieu. Demandons au Seigneur la grâce de cette cohérence.

 

P. Laurent

32ème dimanche ordinaire - année A ; Mt 25, 1-13

Veillez

Ce dimanche, nous avons lu la parabole des 10 vierges, 10 jeunes filles qui se rendent à la noce. On ne sait pas si ce sont leurs noces. Sans doute ? Mais 1 seul époux et pas d’épouse apparemment. Curieux !

Qu’est-ce qui anime ces jeunes filles sinon précisément le désir de ces noces. Toute jeune fille, à cette époque, était destinée à devenir une épouse. Tout en elle était orienté vers cela. L’histoire se passe de nuit. Cela aussi est curieux. Pourquoi la nuit ? N’oublions pas que Jésus veut à travers cette histoire nous parler du Royaume : « il en sera du Royaume comme... ». Transposons : quel est le sens de notre existence ? Ne devons-nous pas nous conduire vers des noces, des épousailles... Dieu nous attend dans son amour. Il veut nous aimer pleinement, et il veut que nous l’aimions pleinement. C’est cela les noces.

Mais nous n’en sommes pas totalement conscients. Ce n’est pas évident. C’est comme dans la parabole : il fait nuit. Il faut bien le reconnaître, nous avons d’autres préoccupations. Ceci dit, la condition de vierge m’interpelle. N’y a-t-il pas en chacun un espace inviolé, pur, immaculé, où Dieu nous attend, parce qu’il est déjà là ? L’occasion ne nous est-elle pas donnée de nous conduire en ce lieu des épousailles, de nous y recueillir ?

Mais où est-il ce lieu ? C’est l’enfant en nous ! L’innocence ! Cela existe en chacun. Même chez le plus grand pécheur. Parce que Dieu a déjà fait alliance. Voyez le bon larron, il a rejoint ce lieu intérieur qui lui a donné de soupçonner l’amour miséricordieux de Jésus. Voyez de même la pécheresse couvrant de baisers les pieds de Jésus ! Voyez Zachée ! Il y a comme une intuition qui, à un moment donné, nous fait rejoindre ce lieu intime, paisible. Dans la parabole, il s’agit d’un cri... sonore. Il fallait bien les réveiller, ces jeunes filles ! Mais dans nos vies, c’est tout sauf un cri. N’est-ce pas plutôt un signe discret ? Mais tellement rassurant ? Bien des choses nous en écartent. Bien des distractions... c’est aussi la vie.

On comprend par conséquent qu’il y ait des jeunes filles qui aient avec elles une réserve d’huile et d’autres qui n’en aient pas. Ce qui importe par conséquent, et c’est là le message de l’évangile, c’est de constituer cette réserve. Jésus insistera : « Veillez ! » Donnons-nous la possibilité de chercher, ou plutôt de nous laisser trouver. Cela nous demande sans doute de prêter de l’attention à notre intériorité, vers la source de l’amour gratuit. Au contraire de l’intériorité, il y a cette propension à nous jeter sur les choses extérieures, ce qui brille et qui a le goût de l’argent. Dans la parabole, l’huile qui aura été achetée chez le marchand, n’a été d’aucun secours. La porte est fermée et l’accès est définitivement impossible : « Je ne vous connais pas ! » C’est terrible. Mais cette radicalité nous invite à tourner notre regard vers ce qui en vaut la peine, ce qui donne sens en vérité à notre vie.

 

P. Laurent